Revue de la semaine. No 46. 3eme anne. 1885. Stockholm, 14 novembre. Ålea jacta est?, comme disait mr de Lamartine en France, en 1848. Le comite de la constitution, compos de membres des 4 ordres, a officiellement mis å Vordre du jour Je projet de reforme de la repråsentation. Le dit projet simprime en ce moment et peut tre pråt dans une dizaine de jours. On peut dire que les trois coups sont frappås et que le ridesu va selever. Sur quoi? sur un succds ou sur une chute? Nous ne saurions trop dire pourquoi, mais il nous semble que le succts est dans Pair. Tout au moins, å mesure que gapproche Uheure dåcisive, si les esprits sont surexcits plus vivement que jamais, il semble quen pråsence de la gravit des circonstances, les pas-ions, au lieu de senflammer, aient une certaine tendance å sapaiser. On sent, de part et dautre, la noble pråoccupation detre calme, impartial, de depouiller autant que possible les prejugs de parti et de ne laisser parler que le patriotisme et la raison. On se sait grÅ mutuellement de cette modration nouvele. On est sparå par des abimes, infranchissables peut åtre; mais enfin on cherche å croire quil y a moyen de les combler. Qwon se rappelle que nous sommes les annalistes du moment; que ce qui est vrai aujourdhui peut devenir faux demain. Certe nous voudrions bien pouvoir esperer que daussi excellentes dispositions ont des chances de dure. Quoi quil en svit, il tait toujours bon de lea constater. Ajoutons aussi que, dans ces derniers jours, Iopinion a pråvalu que les chances du projet, å la chambre des nobles, gtaient sensiblement amåliores. Quy a-t-il de vrai dans ce point de vue? Il serait souvent assez difficile de dire sur quels motifs se fondent ces tranges revirements de Iopinion qui, å Stockholm, sont peut-8tre plus brusques et plus gåntraux que partout ailleurs, å ce point qwil suffit parfois de consulter une seule personne, place dans un certain monde, pour savoir au juste quelle est la note dominante du moment. Dans la question qui nous occupe, il est vrai que la runion speciale des membres de la noblesse favorables au projet de repråsentation voit de jour en jour grossir ses rangsa, Cest lå sans doute un des motifs qui ont fait succeder le calme å VPagitation dans les esprits, 4 Iheure justement od Von nous repråsentait å PEtranger comme en pleine ruption. Les nouvellistes de IEurope et autres journaux å correspondances sont bien habiles, paraitil; ils voient plus clair dans notre situation que les Sutdois eux-måmes. Les protectionnistes, les paladins armås en guerre contre les traitås avec la France, viennent helas! deprouver une deconfiture qui nest, nous le croyons bien, que le pråssge de la dåfaite en rase campagne dont ils sont menacs. Mr Schwan, ayant t6 nommå pråsigent de la Bourgeoisie, devait etre remplac dans la deputation de Stockholm. Vous saurez que depuis quelque temps M. M. Bastiat, Michel Chevalier, Cobden et consorts ntaient plus que de triples pådants, des perturbateurs de lordre social, et que sur le piedestal de la statue rige en commun å ce dernier par la France et PAngleterre, on avait hiss6 une nouvelle idole, un Sudois, Vauteur dun ouvrage conomique devenu soudain la Bible des ndorateurs de la prohibition. Ceux-ci, anims dun saint zåle, staient done mis en campagne pour faire lire le nouveau Dieu Ju, å son defaut, un eertain industriel pronibitionniste qui pouvait passer pour un orophete satistaisant. Et en verit nous 1e ferons pas difficulte de reconnaitre que aciivit prodigieuse dployte par les fideles lu veau dor, — li-ez du monopole, — ;t les tresors dloquence prodigu6s par ux taiont vraiment dignes dun meilleur ort! Faut-il le dire? Un veteran du libealisme, mr Loven, aussi ferme defenseur lu libre change que du projet de repråentation, Ia emportå de plus de mille voix ur le valeureux pourfendeur des traites, vest å dire sur le prophete, car le Dien ui måme na eu que 40 voix. Les dieuz en vont I? Mais pendant ce temps, que fait la D:dte? — direz-vous. Elle nest pas encore sortie les rapports de påetitions et nous navons A